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Les Etats-Unis, le pays presque élu ?

L’élément tragique de l’homme moderne, ce n’est pas qu’il ignore le sens de la vie, c’est que cela le dérange de moins en moins (Vaclav Havel)

Les Etats-Unis, le pays presque élu ?  [Analyse]LES JUIFS AMERICAINS 

 

Parmi les livres que je vais publier dans les prochaines semaines, l’un me tient particulièrement à cœur. Je l’ai appelé "Le pays presque élu", en référence à un discours prononcé par Abraham Lincoln au cours de la Guerre Civile Américaine, appelée en Europe guerre de Sécession.

 

Je l’ai consacré à la présence du judaïsme dans la société américaine depuis le jour où les "Pilgrim Fathers", les pères pèlerins, ont débarqué en Amérique à proximité de ce qui est aujourd’hui la ville de Boston. Aucun des Pilgrim Fathers n’était juif, mais tout ce qui figure dans ce que les chrétiens appellent l’Ancien Testament était présent dans leurs lectures et leurs prières.

 

Lorsqu’est venu le temps de la Révolution Américaine et à l’implication des Pères fondateurs, ceux-ci sont restés attachés à l’Ancien Testament et n’ont cessé de répéter ce que le pays en train de naître devait aux Juifs et au judaïsme. Les écrits de la plupart d’entre eux révèlent une pensée philosémite belle, profonde et sincère.

 

Un homme exceptionnel ne s’y est pas trompé, c’est lui qui a rassemblé l’essentiel des fonds qui ont permis à la Révolution Américaine de s’accomplir ; il était juif et s’appelait Haym Salomom. Il savait quels espoirs pouvaient se trouver incarnés dans ce qui allait devenir les Etats-Unis d’Amérique.

 

Au cours du dix-neuvième siècle, les Etats-Unis se sont déchirés, puis rassemblés à nouveau. Ils sont devenus un pays continent et, peu à peu, l’une des premières puissances du monde, puis la première puissance mondiale. L’Ancien Testament n’a cessé d’y jouer un rôle crucial. Les Juifs se sont fait de plus en plus nombreux. Soit parce que, comme d’autres, ils cherchaient de plus grandes opportunités économiques, soit, très souvent, parce qu’ils trouvaient aux Etats-Unis une société infiniment moins touchée par l’antisémitisme que les sociétés d’où ils venaient, ce qui leur permettait d’accomplir davantage, et librement. Et une présence juive féconde se trouve dans toutes les villes qui ont grandi ou sont sorties de terre au fil du temps.

 

Au cours des premières décennies du vingtième siècle, quand bien même il y eut aux Etats-Unis des antisémites, parfois célèbres (le nom d’Henry Ford vient à l’esprit aussitôt qu’on les évoque), les Etats-Unis sont restés le pays du monde occidental le moins touché par l’antisémitisme. Un pays qui a relativement échappé à la vague fasciste ayant déferlé sur l’Europe, qui conduisit au nazisme, à la guerre et à la Shoah.

 

Néanmoins, bien que des Juifs américains y soient devenus puissants et influents et aient occupé des fonctions importantes au sein du gouvernement, dans les media, dans le cinéma (tous les grands studios d’Hollywood ont été créés par des Juifs), fort peu d’entre eux ont agi pour porter secours à leurs coreligionnaires d’Europe, ce que j’ai découvert en menant mes recherches. Fort peu de Juifs ont ensuite soutenu la naissance du pays juif qu’est Israël.

 

La seule organisation juive américaine qui ait affirmé d’emblée un soutien clair aux Juifs d’Europe et à Israël a été la Zionist Organization of America [l’organisation sioniste d’Amérique] que préside aujourd’hui Morton Klein, un homme pour qui j’ai une vive estime.

 

Le soutien des autres organisations juives à Franklin Roosevelt a été très puissant, et une alliance des grandes organisations juives avec le parti Démocrate s’est nouée alors, qui ne s’est plus défaite.

 

Les grandes organisations juives se sont tournées vers l’idée que les Juifs devaient être du côté du “progrès” et se préoccuper, surtout, de la situation des Juifs et des minorités en Amérique, et elles n’ont pratiquement pas pressé Franklin Roosevelt à sortir de son inertie et à accueillir davantage de réfugiés juifs, tels les infortunés passagers du paquebot Saint Louis.

 

juifs-americains

Les Juifs américains ont toujours été à la pointe de la lutte pour l’égalité des droits

Ici, en faveur de l’abolition de l’esclavage

 

C’est essentiellement Hillel Kook, membre de l’Irgoun [en entier : (héb.) "Irgoun tzvaï léoumi", organisation militaire nationale], proche de Zeev Jabotinsky qui, en se rendant aux Etats-Unis, a mis sur pied, sous le nom de Peter Bergson, des réseaux et des actions de soutien aux Juifs d’Europe, puis à la naissance d’Israël.

 

Ce n’est qu’à partir de la Guerre des Six jours que le soutien des organisations juives américaines à Israël est devenu public et puissant.

 

L’idée que les Juifs devaient être du côté du “progrès” a continué à prédominer et a fait que nombre de Juifs américains ont été à la pointe des combats pour les droits civiques, mais aussi dans nombre d’autres combats de la gauche américaine.

 

Cette idée fait que les Juifs américains, dans leur écrasante majorité, continuent à être Démocrates et ont même voté très majoritairement pour Barack Obama en 2008, puis en 2012. Fort peu d’entre eux ont voté pour Donald Trump, bien qu’il soit sans aucun doute le président le plus favorable à Israël à avoir jamais occupé la Maison Blanche, et le premier président des Etats-Unis à avoir une famille juive.

 

Cela explique les tensions et les réticences manifestées par des dirigeants de la communauté juive américaine concernant diverses décisions du gouvernement israélien ces dernières années.

 

Ces tensions et ces réticences viennent de loin : des années Roosevelt, au moins. Elles n’ont rien d’étonnant au vu de ce que je viens d’écrire.

 

Le grand penseur conservateur juif Norman Podhoretz, que j’ai souvent cité, disait il y a quelques années qu’à force de se réclamer du “progrès” et des définitions qu’une gauche parfois extrême en donne, nombre de Juifs américains ont, en réalité, cessé d’être juifs, et Podhoretz associait un danger à sa constatation : celui de la disparition graduelle de la communauté juive américaine.

 

Ce serait un paradoxe que le pays du monde occidental le plus imprégné de judaïsme et le moins antisémite voie sa communauté juive disparaitre.

 

Je pense plutôt, pour ce qui me concerne, qu’une recomposition s’opère.

 

Les Juifs américains dont parle Norman Podhoretz, pour la plupart ne sont plus juifs et ne s’en sont pas encore aperçus. Mais d’autres Juifs américains retournent vers le judaïsme, et resteront juifs. Peut-être les Juifs américains seront-ils moins nombreux, mais ils seront fidèles et fiables. Ils seront la matrice de la poursuite du soutien des Etats-Unis à Israël. Ils sont ceux pour qui j’ai écrit le livre, et il leur est dédié.


Auteur : Guy Millière © Metula News Agency
Rencontre entre juifs et chrétiens