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1907 : Jérusalem est déjà une ville juive

Cent ans à Jérusalem...

En 1923, un père franciscain présente Jérusalem et la Terre Sainte aux pèlerins et aux érudits. Son guide fut un best-seller. Il permet de mener une comparaison passionnante avec l'état actuel des lieux.

Le Guide de Terre Sainte du franciscain Barnabé Meistermann , relié en toile rouge, imprimé en petits caractères ( assez compact pour être glissé dans une poche de manteau mais débordant de contenu ) , donne la mesure des bouleversements que la région a connu. Meistermann attribue 700 000 habitants en 1923 à une Palestine qu'il définit, géographiquement, comme la partie méridionale, sur les deux rives du Jourdain, d'une Syrie qui engloberait également le Liban. Aujourd'hui, l'ensemble de la Terre Sainte compte 23 millions d'habitants et le seul Etat d'Israël 9 millions.

 

Si le père franciscain ne peut imaginer une telle transformation, il note cependant déjà que ce pays se développe très rapidement : « Le port de Jaffa, qui ne comptait que 10 000 habitants à peine en 1880, en compte aujourd'hui 50 000 ».

 

Cet essor lui paraît lié avant tout à l'influence européenne. Mais il mentionne également, avec une certaine sympathie, le sionisme : « Le mouvement qui porte les Juifs en Palestine s'est accentué au milieu du siècle dernier. La misère et la politique les forcèrent de chercher meilleure fortune hors de leur pays natal ».

 

 terre de miracle

 

En 1923, les Européens abordent principalement la Terre Sainte par la mer : « La rade de Jaffa est ouverte à tous les vents, et le petit port obstrué par une ligne de brisants... Aussi mouille-t-on au large, à un kilomètre, et même plus, du rivage... » Cent ans plus tard, Jaffa a été absorbée par la métropole de Tel-Aviv, fondée en 1909 et passée de 15 000 habitants en 1922 à 3,7 millions en 2017. L'arrivée en Terre Sainte se fait désormais par l'aéroport Ben-Gourion de Lod : vingt millions de passagers en 2017.

 

En 1923, on peut se rendre en chemin de fer de Jaffa à Jérusalem : deux trains par jour dans les deux sens, « 3 heures 50 minutes » de trajet, 104 piastres en première classe pour un aller simple (soit approximativement 2500 euros actuels), 70 piastres en seconde, 44 piastres en troisième. On peut aussi voyager en automobile par la « route carrossable » (« 7 à 8 heures » de trajet), ou à cheval (« 11 à 12 heures »). Aujourd'hui, un voyage en train de Lod à Jérusalem, en classe unique, dure une heure et coute de 5 à 8 euros. Il faut compter une grosse heure pour un trajet en autobus, au prix de 6 euros, et de trente à quarante-cinq minutes pour un taxi, à des tarifs variant entre 5 à 40 euros. Un TGV devrait bientôt mettre la Ville sainte à vingt minutes de l'aéroport.

 

Jérusalem, pour Meistermann, c'est avant tout la Vieille Ville, juchée sur « un terrain très accidenté », dont « les remparts sont munis de huit portes », ses quatre quartiers, ses lieux saints, ses rues « étroites, mal pavées et souvent entrecoupées de marches en raison de leur pente ». Il ne dissimule pas les sentiments mitigés que peut inspirer le Saint-Sépulcre, point focal d'un pèlerinage chrétien :

« En 1808, un incendie détruisit la rotonde... L'architecte grec qui obtint du sultan le droit de la rebâtir ne se contenta pas de remplacer les belles colonnes par de lourds piliers... La coupole que cet architecte avait édifié au-dessus de la rotonde menaçait ruine au bout de quarante ans... La France et la Russie la remplacèrent en 1869 par une coupole nouvelle armée de fer... Malheureusement, cette œuvre n'est ni belle ni durable ».

 

Des travaux de restauration ont en effet dû être entrepris à plusieurs reprises depuis les années 1920. Mais en 2009 encore, un journaliste du Figaro déplorait une « atmosphère sombre, moite, étouffante, peu propice au recueillement ou à une expérience mystique ».

Mais le Guide de Terre Sainte de 1923 fait voler en éclats d'autres idées reçues
Première surprise : il n'y a pas, pour le bon père franciscain, de Palestine au sens actuel du mot...


Rencontre entre juifs et chrétiens